Conservation de la biodiversité : trois raisons de garder espoir

1er mars 2019 par Natalie Yoh, Sophus zu Ermgassen Débats 11 visites

Alors que des scientifiques de plus en plus nombreux alertent sur la « sixième extinction de masse », il est assez tentant de se laisser aller au désespoir.

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En Europe, la libération d’une vaste surface de terres au cours des 40 dernières années a permis le retour d’ours, de loups et de lynx sur le continent. Volodymyr Burdiak/Shutterstock

Sophus zu Ermgassen, University of Kent et Natalie Yoh, University of Kent

Il n’y a clairement aucune solution simple à la perte de biodiversité en cours : malgré quelques inspirants succès à l’échelle locale, nous avons jusqu’ici échoué à modifier la trajectoire de la destruction environnementale qui a historiquement accompagné l’expansion économique. Et le facteur sous-jacent à cette crise du vivant, à savoir notre consommation de ressources naturelles, semble voué à s’intensifier.

Nous restons pourtant optimistes sur le fait que les choses peuvent s’améliorer. Malgré le déclin persistant que connaît la biodiversité en Europe, trois tendances principales nous laissent espérer des jours meilleurs.




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Les contours d’un changement culturel

Les individus prennent de plus en plus conscience que leurs modes de vie affectent l’environnement, provoquant peu à peu un virage culturel vers des choix plus durables. Chez les 18-35 ans, le changement climatique et la destruction de la nature sont déjà considérés comme la question mondiale prioritaire. Cette génération gagnant en influence, son état d’esprit pourrait jouer en faveur de la protection de la biodiversité. Il affecte d’ailleurs déjà les choix de consommation, à travers la montée en puissance des produits « verts » et des régimes alimentaires à faible impact, au bénéfice à la fois de la biodiversité et de la santé humaine.

Le phoque moine méditerranéen est une espèce menacée que l’on trouve essentiellement dans les mers autour de la Grèce et de la Turquie. zaferkizilkaya/Shutterstock

L’attention croissante portée au développement durable se traduit aussi par des succès politiques notables. L’an dernier, le parlement européen a ainsi voté l’interdiction de certains produits plastiques à usage unique, face à la préoccupation montante autour de leurs effets néfastes sur la faune.

Plus important encore peut-être, des interrogations apparaissent aujourd’hui sur la façon dont assurer une prospérité sociétale au sein d’une planète aux ressources finies. Les modèles alternatifs non fondés sur la croissance, comme la « théorie du donut », reçoivent ainsi un accueil de plus en plus favorable. Bien qu’encore mineures, ces alternatives pourraient gagner en influence politique : l’an dernier, à Bruxelles, des membres du parlement européen ont même organisé une conférence post-croissance.

La consommation de viande en question

Dans le monde, la consommation croissante de viande constitue une menace majeure pour la biodiversité ; en Europe, on consacre un sixième de l’ensemble des terres au pâturage. Parmi les innovations dans le domaine agroalimentaire, on pourra souligner l’émergence de substituts à la viande qui pourraient réduire significativement la quantité de terres nécessaires à l’élevage, et diminuer d’autres contraintes pesant sur la biodiversité, comme la pollution des eaux par exemple.

La force de ces substituts ? En n’exigeant pas de renoncer à l’« expérience » gustative de la viande, ils pourraient contribuer à la réduction de la demande pour les produits carnés et en limiter ainsi les impacts environnementaux.

Une étude réalisée par l’entreprise nord-américaine Impossible Foods a conclu qu’une personne remplaçant la moitié de sa consommation de bœuf par l’une des alternatives à base de plantes proposées par cette start-up réduirait de 12 % son empreinte agricole totale. Selon l’entreprise, les tests à l’aveugle qu’elle a organisés ont révélé que les consommateurs ne distinguaient pas son burger sans viande de celui contenant du véritable bœuf.

D’autres usages pour les terres

Quelque 50 millions d’hectares de terres ont été abandonnés en Europe au cours des 40 dernières années. Soit peu ou prou la taille de l’Espagne. Grâce à l’aide d’une meilleure législation en matière de faune, cela a stimulé le retour d’ours, de loups et de lynx sur le continent.

Mais cette déprise agricole n’a rien d’une solution miracle et l’abandon des exploitations présente nombre d’inconvénients, au premier rang desquels un recul de certaines espèces, comme ces oiseaux présents sur les terres agricoles et en recherche d’habitat ouvert ; il y a aussi la disparition de cultures associées à l’agriculture extensive et aux pratiques paysannes traditionnelles.

Une autre préoccupation concerne le risque qu’une utilisation plus efficace des terres agricoles incite les individus à consommer davantage : c’est ce qu’on appelle l’effet de rebond.




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Toutefois, la restauration de la nature sur des terres libérées de l’élevage a des bénéfices potentiellement vastes – c’est aussi l’une des conditions pour que l’Europe respecte ses engagements en matière de changement climatique et de biodiversité.

Certains projets, comme la zone « ré-ensauvagée » de Knepp dans le Sussex de l’Ouest, en Angleterre, montrent comment la restauration à l’échelle du paysage peut créer des opportunités économiques à travers le tourisme et une exploitation de la terre à faible impact. À une période où les subventions agricoles se font de plus en plus incertaines, ces lieux offrent une alternative convaincante à l’agriculture conventionnelle.

Indéniablement, la biodiversité se heurte aujourd’hui à une très forte menace, en Europe et partout dans le monde. Mais des évolutions culturelles, l’émergence d’innovations technologiques durables ainsi qu’une reconnaissance croissante des bénéfices de la restauration des espaces ruraux, pourraient contribuer à une sauvergarde efficace de la biodiversité européenne.


Traduit de l’anglais par Nolwenn Jaumouillé.The Conversationhttp://theconversation.com/republishing-guidelines —>

Sophus zu Ermgassen, PhD researcher, Durrell Institute for Conservation and Ecology, University of Kent et Natalie Yoh, PhD researcher, Durrell Institute for Conservation & Ecology, University of Kent

Cet article est republié à partir de The Conversation sous licence Creative Commons. Lire l’article original.

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