L’agriculture durable et la transition alimentaire à la COP 25

23 décembre 2019 par REFEDD Témoignages 4 visites

En me préparant à la COP 25, j’ai réalisé à quel point l’agriculture avait été peu considérée depuis l’adoption, en 1992, de la « Convention Cadre des Nations Unies sur le Changement Climatique » (CCNUCC), aujourd’hui signée par 197 pays. 

 

L’importance de l’agriculture dans la lutte contre l’urgence climatique

Selon le dernier rapport spécial du GIEC, l’exploitation forestière, l’agriculture, et l’industrie agroalimentaire sont responsables de 37% des émissions de gaz à effet de serre (GES). En effet, l’agriculture industrielle induit la déforestation, la dégradation des sols, ou encore l’usage d’intrants chimiques.

Cependant, des solutions inspirées de la nature, telles que l’agroécologie ou l’agroforesterie, que nous regroupons ici sous le terme « d’agriculture durable », commencent à attirer l’attention. Les grands principes sont la diversité culturale, les semences paysannes, l’apport de matière organique dans les sols, l’absence de produits chimiques, une couverture maximale et un travail minimal des sols, une économie circulaire en circuit court, et la valorisation des savoir-faire traditionnels. Il ne s’agit pas de méthodes miracles mais d’approches intégratives à adapter au contexte de chaque ferme.

L’agriculture durable est d’abord utile en termes d’atténuation car elle favorise la vie du sol et donc le stockage du carbone (comme en témoigne l’initiative 4 pour 1000). Mais également par rapport à l’adaptation. En effet, une ferme diversifiée et moins dépendante de l’industrie agroalimentaire est plus résiliente face aux aléas climatiques et aux fluctuations du marché.

L’agriculture durable et la transition agroécologique

En venant à la COP, j’imaginais que la communauté internationale ne souhaitait pas remettre en question la « révolution verte » basée sur la mécanisation et l’usage de produits phytosanitaires. Quelle ne fut pas ma surprise de constater un intérêt grandissant pour l’agriculture durable ! Elle est peut-être plus hasardeuse pour les rendements à court terme et exige une révolution de notre système alimentaire pour être appliquée à grande échelle, mais elle est plus soutenable au niveau social et environnemental sur le long terme.

J’ai également assisté à la quatrième rencontre de « l’Action Commune de Koronovia pour l’Agriculture ». Il s’agit d’un outil d’aide à la décision sous forme d’un espace d’échange mis en place lors de la COP 23. La délégation du REFEDD y a assisté durant la dernière intersession de Bonn, produisant un super article ! Tout le monde est le bienvenu autour de la table et j’y ai vu les représentant·e·s d’environs 50 États, ainsi que des membres de la société civile comme des ONG, des syndicats d’agriculteur·trice·s, des chercheur·e·s, des lobbyistes, ou des représentant·e·s des communautés indigènes. Les discussions sont ouvertes par les présentations d’un panel de scientifiques, suivies par des échanges avec l’audience.

Le sujet de cette session était « Améliorer l’usage des nutriments et la gestion du fumier pour des systèmes agricoles plus durables et résilients ». La première intervention fut celle de Mark Sutton expliquant comment l’utilisation excessive des fertilisants chimiques en Europe dépasse largement le besoin des plantes et la capacité de charge des sols, créant des pollutions. Il préconise une réorganisation spatiale des élevages, une économie circulaire des fertilisants organiques, et une gestion optimale du fumier. Le Ghana s’est ensuite exprimé au nom de l’Afrique, réclamant un soutien financier pour accéder plus facilement aux fertilisants chimiques. En effet, leur objectif est de passer de 10 kg/ha à 50 kg/ha afin d’augmenter leur rendement et leur souveraineté alimentaire, en sachant que la moyenne mondiale est de 120 kg/ha et que la France dépasse les 200 kg/ha.

J’ai ensuite été surpris par le nombre de présentations de projets liés à l’agriculture durable financés par des institutions, comme de l’agroforesterie dans les oasis marocaines ou une utilisation du fumier plutôt que de fertilisants chimiques réduisant l’eutrophisation du Danube en Roumanie.

Concernant la transition agroécologique, lors de ma participation à des conférences dans différents pavillons (France, U.E., Sénégal, WWF), j’ai appris qu’elle était citée comme un levier important pour lutter contre l’urgence climatique par les derniers rapports du GIEC, de l’IPBES, d’IPES-Food, et de la FAO. Le représentant du ministère de l’agriculture française à Madrid et le ministre de l’environnement sénégalais m’ont affirmé la volonté de leur pays de s’engager dans cette voie. L’ONG Biovision m’a exposé une étude prouvant les avantages de l’agroécologie auprès de cinquante agriculteur·trice·s du Kenya et du Sénégal en termes de résilience.

Présentation de la nourriture locale sur le stand du Sénégal – en blanc, le pain de singes, le fruit du baobab.

 

La transition alimentaire vers un régime plus végétal

J’ai été témoin de nombreuses déclarations par rapport à la nécessité d’une transition alimentaire vers un régime plus riche en protéines végétales qu’animales pour lutter contre l’urgence climatique, l’élevage représentant à lui seul 14 % des émissions de GES.

Lors des discussions au sein du « Koronivia », l’U.E., représentée par la Finlande, a fait le constat que la consommation de produits animaux en Europe diminuait déjà sensiblement et qu’une diminution de 40 % serait idéale. Mark Sutton a expliqué qu’un·e européen·ne consomme en moyenne deux fois plus de protéines animales qu’il ne lui en faut pour être en bonne santé, une surconsommation pouvant mener au surpoids. À l’inverse le Kenya témoigna des problèmes de sous-nutrition dans les pays africains.

Greenpeace a également organisé une conférence de presse pour appuyer la nécessité de cette transition alimentaire, résultats scientifiques à l’appui. De plus un groupe d’activistes vegan distribue chaque jour des dizaines de repas gratuitement pour sensibiliser le public a la question !

Vers un nouveau système alimentaire

Finalement, j’ai été agréablement surpris de constater l’intérêt grandissant de la communauté internationale pour l’agriculture durable et une transition alimentaire diminuant la consommation de produits animaux dans les pays dit « développés ». Bien sûr il s’agit surtout de discours et les freins pour une généralisation de ces pratiques sont nombreux. Pourtant, notre défi n’est autre que l’urgence climatique et je suis heureux de réaliser à quel point mes choix quotidiens en matière d’alimentation peuvent être déterminant dans cette lutte !

Article rédigé par Johan, étudiant observateur à la COP pour le REFEDD.

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