Comprendre tôt les principes de l’ESS pour savoir conjuguer citoyenneté, créativité et reconnaissance

13 septembre 2017 par LelaboESS Témoignages 6 visites

Si l’économie sociale et solidaire a une place importante dans les structures à destination des enfants et des jeunes (associations sportives, activités culturelles, etc.), on l’associe moins souvent à des projets portés par ces très jeunes publics eux-mêmes. Pourtant, les principes de l’ESS ESS Qu’est-ce que l’Économie sociale et solidaire (ESS) ?
Définition et présentation de cette économie différente, socialement utile, coopérative et ancrée localement
sont très intéressants dans le cadre d’une éducation à la citoyenneté : démocratie et prise de décisions concertées, responsabilisation à travers une gouvernance Gouvernance Définition adaptée au projet, découverte du monde et des autres dans son territoire de proximité… C’est ainsi qu’émergent ici et là, partout en France, des expériences dans lesquelles des enfants et adolescents prennent les commandes d’un projet social et solidaire. Expériences enrichissantes, qui remettent en question le modèle vieilli où l’enfant apprenant serait dans une position passive et où l’adulte enseignerait. Apprendre de l’expérience – ce que la chercheuse Sandrine Rospabé appelle « l’apprentissage expérientiel » -, apprendre de ses erreurs, de ses réussites, des autres, et de façon plus informelle, sont autant de clés pour comprendre que la création de projets sociaux et solidaires menés par les plus jeunes est très importante pour qu’ils se découvrent et se construisent.


Ecole et ESS ESS Qu’est-ce que l’Économie sociale et solidaire (ESS) ?
Définition et présentation de cette économie différente, socialement utile, coopérative et ancrée localement
, une longue histoire

Les chercheuses en ESS Danièle Demoustier et Scarlet Wilson-Courvoisier retracent les liens historiques entre économie sociale et solidaire et éducation : elles rappellent que « l’ESS a intégré un projet éducatif dans son projet économique » dès le 19e siècle. S’adressant d’abord aux ouvriers qui n’avaient pas eu la possibilité d’aller à l’école, ce premier temps se caractérise par la création de bibliothèques ouvrières, de journaux ouvriers et ensuite d’universités populaires. Rapidement, la Ligue de l’enseignement revendique un enseignement public, obligatoire et gratuit. Lorsque la loi y répond à la fin du siècle, l’école s’éloigne, paradoxalement, des principes de l’ESS. « Les coopératives scolaires ont du mal à intégrer réellement la vie scolaire, rythmée par la discipline plus que par l’autonomie, par l’individualisation des apprentissages plus que par leur dynamique collective. » Ainsi se déconnectent la pratique et l’éducation coopérative Coopérative Une coopérative est un groupement d’individus (commerçants, consommateurs, producteurs…) choisissant de mettre leurs moyens en commun afin de satisfaire leurs besoins. et les valeurs de l’ESS disparaissent progressivement, au profit de l’enseignement d’une économie capitaliste et de l’immersion en entreprise « classique ».

Dès lors, les liens entre ESS et enseignement aux plus jeunes peuvent être interrogés selon trois angles : comment mettre en avant l’ESS, ses valeurs et son fonctionnement dans les programmes scolaires ? Comment faire entrer les principes de coopération dans l’enseignement proprement dit ? Comment mettre en place des projets qui permettent aux élèves de toucher du doigt les réalités de cette économie respectueuse ? C’est à ces questions que cherchent à répondre notamment l’ESPER et l’OCCE, en partenariat avec le CNCRES et Coop FR, avec plusieurs initiatives : Mon ESS à l’école, s’adresse aux collégiens dès la 5e et aux lycéens et leur propose de créer une entreprise sociale en classe. La Semaine de l’ESS à l’école, fait découvrir l’ESS aux élèves dès le primaire grâce à la plateforme de contenus pédagogiques Ressourc’ESS.


La coopération en milieux scolaire et extra-scolaire

Le principe de coopération est le fondement de l’économie sociale et solidaire. Pour certains élèves, cela prend la forme d’une nouvelle coopération dans l’apprentissage, comme dans cette classe à Trappes, où les élèves s’entraident et corrigent leurs erreurs collectivement. Pas de compétition mais de la coopération, pour mieux apprendre et être acteur de son apprentissage. Ces aspects coopératifs de l’école se rapprochent du modèle de la pédagogie active, où les élèves apprennent collectivement et en faisant eux-mêmes.

Pour d’autres élèves, il ne s’agit pas seulement d’apprendre des règles de grammaire ou de mathématiques de façon collaborative mais de mener un projet, comme une initiation à la création d’une entreprise commune. Le projet Start-up, au lycée Jacques Ruffié de Limoux, dans l’Aude, propose aux élèves de concevoir une entreprise sociale et solidaire qui réponde aux besoins de leur territoire : en partenariat avec le PTCE 3.EVA et la coopérative La Cavale, les projets innovants peuvent ensuite être mis en place, à l’image du réseau « fruits et légumes », qui permet la distribution de paniers en circuits courts Circuits Courts Définition du concept de circuits courts via un réseau de commerces de proximité. Il s’agit là non seulement de coopérer, mais aussi de construire les étapes d’un projet en gestation : analyse des besoins et des acteurs, benchmark, business plan, budget prévisionnel… et de défendre son projet collectif devant un jury de professionnels et ainsi de le tester.

Inspirés des Coopératives Jeunesses de Services qui existent au Québec depuis les années 80, des projets coopératifs à destination des 16-18 ans se développent en France. C’est l’exemple de Réso solidaire en Bretagne depuis 2013 et Ôkarina depuis 2015, par exemple. Pendant l’été, les jeunes montent leur coopérative qui répond à un besoin de proximité : cela leur fournit de l’argent de poche pendant l’été, permet de tester un service innovant et apprend aux jeunes à coopérer pour entreprendre. Si ces projets s’adressent plutôt aux lycéens et jeunes de leur âge, les coopératives québécoises sont accessibles dès 12 ans.


Reconnaissance, responsabilisation, citoyenneté

Pour Sandrine Rospabé, que cette éducation soit formelle ou non, dans le cadre de l’école ou en dehors, l’éducation à l’ESS est un « processus pédagogique (s’informer-comprendre-agir ) qui vise à une compréhension critique des enjeux économiques actuels pour s’engager dans la construction d’une économie plus humaine basée sur d’autres valeurs que la recherche du profit, sur un autre modèle de gouvernance Gouvernance Définition des entreprises, d’autres modes de production, d’échanges, de consommation, d’épargne. » La chercheuse pointe notamment l’intérêt des pédagogies actives et de l’utilisation de jeux pédagogiques coopératifs dans le milieu scolaire, pour permettre de réfléchir et développer son esprit critique à travers une approche ludique. Elle analyse également les initiatives des très jeunes en dehors du milieu scolaire comme de véritables lieux « d’apprentissage de la gestion d’une entreprise collective » .

Avoir droit à la parole, respecter celle des autres, discuter, prendre des décisions et construire ensemble. Si ces enjeux peuvent s’apprendre dès l’enfance, on imagine que c’est à l’adolescence que ces principes peuvent devenir de véritables leviers de reconnaissance et d’intégration du jeune dans le monde social et politique. Car le premier enjeu de ces actions liant éducation et ESS, selon Sandrine Rospabé, est l’émancipation des personnes et l’exercice de la citoyenneté économique. La responsabilisation des élèves et la reconnaissance de leurs capacités d’organisation et d’action sont deux éléments que l’on retrouve dans les expériences sociales et solidaires dans les écoles, comme à Vitry-sur-Seine où les collégiens éditent un journal local coopératif ou à Divion où ils ont créé une association Association Définition pour l’animation intergénérationnelle.


L’éducation pour faire changer d’échelle l’ESS

Si la sensibilisation des plus jeunes à travers des conceptions et des créations de structures sociales et solidaires peut être la première étape vers la formation de futurs salariés de l’ESS, de bénévoles et de militants, il est également essentiel, selon Sandrine Rospabé, que « les pratiques pédagogiques de terrain intègrent cette économie a-capitaliste » pour que l’ESS puisse changer d’échelle.

Plusieurs publications ont identifié un obstacle : les valeurs sociales et solidaires sont portées par des jeunes qui, de plus en plus, entreprennent à l’issue de leur formation et cherchent à donner du sens à leur activité. Mais ces jeunes ne font pas nécessairement le lien entre leur activité et l’ensemble du secteur de l’ESS. La meilleure compréhension des principes et des activités de l’ESS de la génération des enfants nés au début des années 2000 devrait pouvoir aboutir, à moyen terme, à une meilleure connaissance pour tous de l’économie sociale et solidaire. C’est une condition indispensable à la reconnaissance de ses activités et à son changement d’échelle.

Pour aller plus loin :

  • L’éducation à l’ESS auprès des jeunes : pourquoi et comment ? Animation et éducation, n°255, nov-déc 2016
  • L’enseignement initial de l’économie sociale et solidaire : un enjeu stratégique, Recma n°311, 2009
  • Rospabé S., L’éducation à l’ESS : nouveau champ d’action pour l’animation socioculturelle ? Animation, Territoires et Pratiques socioculturelles, n°6, 2014
  • L’éducation à l’ESS auprès des jeunes : pourquoi et comment ? Animation et éducation, n°255, nov-déc 2016
  • Economie sociale et solidaire, des jeunes créent et développent des activités économiques, Développements et Humanisme,2014. Perception des jeunes sur l’emploi dans l’économie sociale et solidaire, AVISE-CESOD, 2014

Voir en ligne : http://www.lelabo-ess.org/comprendr...

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