Etre étudiant.e et engagé.e pour le développement durable… dans l’Amérique de Trump

14 avril 2017 par Cassandre Charrier Témoignages 38 visites

A l’occasion de l’année qu’il passe à Stanford (Californie) en tant que professeur de français, Yannaï, vice-président du REFEDD en 2014/2015, présente la façon dont les étudiant.e.s américain.e.s, notamment ceux de l’association SSS (Students for a Sustainable Stanford) s’investissent et s’engagent pour le développement durable de l’autre côté de l’atlantique. Premier article d’une courte série, Yannaï espère ainsi promouvoir la diffusion des expériences et des pratiques, et de faire le témoignage, de la nature globale des actions que nous – étudiant.e.s de France et de l’international – menons.

 

La Californie est un état très liberal au sens américain du terme : progressiste – de gauche. Les universités, notamment, y sont des creusets de l’activisme et des luttes sociales. L’université de Californie à Berkeley, au nord de San Francisco, est ainsi connue pour les grandes manifestations étudiantes contre la guerre du Viet-Nam et une forte participation au mouvement pour les droits civiques. On ne pense néanmoins pas autant à Stanford, université privée située de l’autre côté de la baie, au sud de San Francisco, comme d’une université à la population particulièrement engagée. En pleine Silicon Valley, on s’imagine plutôt le campus comme repère de geeks en tout genre et d’entrepreneur.e.s en herbe. Et pourtant de nombreuses organisations y cohabitent, qui témoignent de la vitalité de l’engagement étudiant.

Le campus de Stanford : idéal ?

D’un campus durable à une communauté solidaire

L’une des principales associations DD de l’université s’appelle SSS, Students for a Sustainable Stanford. Ils s’appuient sur plusieurs dizaines d’étudiant.e.s bénévoles pour mener à bien leurs projets, dont une petite dizaine constitue le leadership. Fondé en 2000, le groupe s’était à l’origine donné comme mission de promouvoir les pratiques durables dans le bâtiment sur le campus, au niveau des bâtiments déjà existant comme au niveau des projets et des immeubles en construction. Cette première campagne fut couronnée de succès, alors que les étudiant.e.s engagé.e.s réussirent à sensibiliser la population de Stanford sur la question, travaillant aux côtés d’alumni et de professeur.e.s expert.e.s sur la question, d’autres organisations étudiantes et de l’administration. Il en résulta la création d’un comité centré sur la question, incluant des représentants de toutes les communautés du campus, dont des étudiant.e.s !

Aujourd’hui, leur activité s’est largement diversifiée, et SSS travaille sur des problèmes liés à des sujets tels que le changement climatique, la justice environnementale, l’éducation, les déchets, l’alimentation et l’énergie.

J’ai rencontré Chris, responsable du projet alimentation, afin de lui poser quelques questions. Ce projet vise à lutter contre le gaspillage alimentaire dans les divers restaurants et cafétéria du campus. SSS, en partenariat avec une autre association appelée SPOON (Stanford Project On Hunger), récupère plusieurs fois par semaine des restes non consommés, et les donne à des organisations locales qui les redistribuent dans les quartiers populaires de la Silicon Valley, notamment à East Palo Alto. Ils luttent par ce faire à la fois contre le gaspillage alimentaire et pour un meilleur accès à de la nourriture de bonne qualité pour les personnes issues des milieux les moins favorisés. Le projet a commencé cette année, mais fait face à divers obstacles : il faut tout d’abord convaincre les restaurants et cafés un par un de ne pas jeter leurs restes et de participer au programme, puis faire en sorte qu’ils ne l’oublient pas, alors que les employé.e.s restent assez souvent pour de courtes périodes seulement.

L’association SPOON

Tant que les étudiant.e.s ne seront pas plus représenté.e.s, il y aura une forme de déconnexion

L’association SSS est organisée par projets. Outre le groupe alimentation, il y a un groupe consacré à la justice environnementale, un sujet que je compte traiter dans un prochain article. Les groupes changent également d’année en année. En ce moment, un groupe travaille sur le GUP (General Use Permit), un contrat entre l’université et le county, renouvelé tous les 20 ans, qui détermine notamment les règles d’extension du campus : les bénévoles de l’association poussent pour que la nouvelle version du GUP intègre des objectifs écologiques (par exemple, une obligation de empreinte carbone neutre pour les nouveaux bâtiments). Chris souligne l’importance de ces projets menés auprès de l’administration : «  Stanford est une énorme bureaucratie, et, comme les étudiant.e.s se renouvellent tous les 4 ans, il faut vraiment que les institutions ait une mémoire, si l’on veut réussir à faire des changements sur le long-terme. Travailler avec l’université et le staff sur des projets de longue durée est quelque chose que tous les groupes dans SSS essaient de faire. »

L’université a un Office of sustainability, équivalent de nos responsables Développemnt Durable, avec lequel l’association est en contact. Mais, bien sûr, la bonne volonté de l’administration à travailler de concert avec les étudiant.e.s dépend de la nature du projet… Ainsi, l’association Fossil Free Stanford, qui dénonce depuis 6 ans les intérêts de l’université dans les énergies fossiles et milite pour le désinvestissement (divestment), a vu récemment le conseil d’administration voter en faveur du maintien de ces investissements. Tiger, une autre bénévole du projet alimentation, formule le problème en terme de défaut d’inclusivité : « Tant que les étudiant.e.s ne seront pas plus représenté.e.s dans l’administration, il y a aura une forme de déconnexion.  » Même si l’université aime beaucoup donner la parole aux étudiant.e.s dans le cadre de focus groups sur des sujets divers, la structure administrative demeure, comme presque partout ailleurs, un organisme rigide et lent à faire évoluer.

Les étudiant.e.s de l’association Students for a Sustainable Stanford

Démocratie et engagement : quel avenir sous l’administration Trump ?

Je leur ai également demandé quelles pouvaient être les pistes d’amélioration pour l’association. Au premier rang, Chris, qui postule à une position dans le leadership pour l’année prochaine, aimerait rendre le fonctionnement interne plus démocratique. Aujourd’hui, les statuts ne précisent pas le mode de désignation des membres du leadership, et si des élections ont déjà eu lieu par le passé, la plupart des responsables sont bien souvent appointé.e.s par leurs prédécesseur.euse.s, après un entretien. Améliorer la coordination interne entre les projets (aujourd’hui, un poste de responsable est entièrement dédiée à cela) peut ressembler à une gageure dans une association aussi large, mais diffuser des pratiques démocratiques auprès de personnes qui entrent dans la vie active et font bien souvent leur premiers pas dans l’activisme politique semble être un projet nécessaire, dans un pays dont la dernière élection a choqué la moitié de la population et amorcé un réveil participatif des citoyen.ne.s.

Justement, quelle est l’importance aujourd’hui, après l’élection de Donald Trump et la nomination d’un cabinet fortement climato-sceptique pour ces étudiants d’une des universités les plus prestigieuses du pays de s’engager pour le développement durable ? Comment perçoivent-ils leur rôle, en tant que membre du monde étudiant et académique ?

Tiger souligne que «  de petites actions peuvent avoir de grands impacts, en tout cas dans ses communautés immédiates. Il faut commencer aujourd’hui et faire ce qu’on peut. Même si on ne peut pas influencer directement un changement national, on peut avoir un impact important dans nos cercles. »

Les manifestations sur le campus du Stanford

Pour Chris, qui a grandi dans une famille écolo et pour qui le développement durable est quelque chose de naturel, l’élection de Trump et le peu de place accordée aux problématiques environnementales pendant la campagne mettent en valeur l’importance de trouver un moyen de sensibiliser au-delà des groupes aisés et instruits, ce qui n’est pas évident en Californie : « Je suis entouré par des gens qui partagent les mêmes valeurs : je peux compter le nombre de républicain.ne.s que je connais dans la région sur les doigts d’une main. Je m’engage personnellement parce que c’est dans la continuité naturelle de ce en quoi je crois et de comment j’ai été élevé, mais le challenge plus important est désormais de savoir comment communiquer ces valeurs à des gens qui n’ont pas eu la même éducation. Les universités doivent être à l’avant-garde des changements sociaux. Nous avons vraiment de la chance de pouvoir assister chaque jour à des cours ou des conférences sur des problèmes environnementaux, ou sur la science de l’environnement, mais ce n’est pas le cas pour les gens qui vivent dans d’autres parties du pays. Nous sommes très privilégié.e.s d’avoir cette opportunité. »

A suivre…

Pour aller plus loin :

Le site internet de l’association : http://studentsforasustainablestanford.weebly.com

Suivez l’actualité de SSS sur Facebook @Students for a Sustainable Stanford et Twitter @StanfordSust.

Le site de la campagne Fossil Free Stanford : http://www.fossilfreestanford.org et, sur le même sujet en France, notre prise de positions concernant le Zero Fossile dans les universités : Libérons l’enseignement supérieur des énergies fossiles

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