Une histoire de la biodiversité

4 janvier 2017 par Cassandre Charrier Témoignages 71 visites

En lien avec l’édition de notre dernier guide La biodiversité sur mon campus, nous publierions tout au long du mois de janvier des articles sur le sujet, ainsi que des interviews d’experts ayant participé à son écriture. Pour ce premier écrit, nous vous proposons une approche théorique du concept de biodiversité, et du rapport que l’Homme entretient avec la nature.

 

Crédit photo : Inventaire Fac

 

La naissance du concept de biodiversité

L’émergence du concept de biodiversité est très récente. C’est un long voyage depuis l’apparition des premiers courants de protection de la Nature jusqu’à la définition du terme de biodiversité.

Avec quelle rudesse et quelle brutalité traitons-nous la nature ! (Henry David Thoreau)

La publication de L’origine des espèces de Charles Darwin, en 1859, définit la première théorie scientifique de l’origine de la diversité du vivant et de son évolution. La conservation de cette diversité n’est pour cette époque ni utile, ni pertinente mais la destruction des paysages « naturels » sera le premier moteur de la révolution des courants de protection de la Nature. A l’époque de la révolution industrielle, certains intellectuels, comme Henry David Thoreau, dénonceront la destruction de la nature dans un objectif purement utilitaire des ressources. Avec son livre, Le paradis à (re)conquérir (publié en 1843), Thoreau marque un changement de mentalité. Il est conscient que l’environnement doit être préservé et qu’il peut permettre à l’humanité d’atteindre le véritable progrès. C’est un des premiers à militer contre l’utilisation irraisonnée des ressources et pour la protection de la faune et de la flore.

 

De la prise de conscience aux programmes internationaux

En revanche, il faut attendre les années 1960 pour commencer à percevoir les premières mises en garde sur la menace d’une véritable crise écologique causée par les activités humaines. De très nombreux intellectuels militent contre la destruction de la nature. L’écologie apparaît alors en termes politiques. La Conférence de la biosphère à Paris, en 1968, est un événement marquant pour la prise de conscience d’une gestion durable de la nature. A la suite de cette conférence, le club de Rome se réunit en 1972 et publie un rapport pour avertir les politiciens et les médias des problèmes environnementaux. Dans ce rapport intitulé Halte à la croissance ?, le club de Rome pose une question cruciale : est-ce qu’il n’y a pas un problème entre la croissance économique et les limites écologiques ? Lors de cette même année a lieu le premier sommet de la Terre, avec la création du Programme des Nations Unies pour l’Environnement (PNUE).

Ces différents événements ont permis de poser des bases scientifiques qui amènent dans les années 1980 à l’émergence d’une nouvelle discipline : la biologie de la conservation. Cette branche de la biologie théorise la mise en œuvre d’actions pour conserver la nature. Elle mêle donc les concepts utilisés en écologie et les mécanismes étudiés en gestion.

Et ce mot « biodiversité » : d’où vient-il ?

Le terme « diversité biologique » est inventé par Thomas Lovejoy, biologiste américain, qui l’a utilisé dans deux publications en 1980. Par la suite, l’expression est contractée en « biodiversité » par Walter Rosen en 1986. Le terme est popularisé par le compte-rendu du congrès américain publié en 1988 sous le titre BioDiversity. Le Sommet de la Terre à Rio de Janeiro en 1992 est une étape majeure dans la prise de conscience internationale de la crise environnementale. C’est lors de ce sommet qu’est adoptée la Convention sur la diversité biologique. En reconnaissant la protection de la nature comme une « préoccupation commune à l’Humanité », cette Convention marque un jalon décisif. Cela a permis de donner un cadre à toutes les stratégies nationales en faveur de la biodiversité.

 

Repenser les rapports entre les hommes et la Nature

La séparation entre les hommes et la Nature s’est effectuée rapidement dans la pensée scientifique, politique et sociale.

  • En Occident, la construction d’une vision du monde naturaliste

Dans l’imaginaire collectif, la Nature constitue jusqu’à la fin du XVIIIème siècle des espaces peu contrôlés par l’Homme, desquels il faut s’extraire au maximum afin de maximiser le développement socio-économique des territoires. La destruction de l’environnement est vue alors comme un mal nécessaire au développement des sociétés humaines. La fin du XVIIIème siècle marque un tournant dans la vision des systèmes écologiques. L’apparition du romantisme dans le milieu de l’art (donnant une image fortement spirituelle des paysages naturels), couplée à l’apport de l’écologie scientifique, puis, à la construction des identités nationales (le paysage devenant patrimoine de la nation) a fortement influencé les dynamiques contemporaines de protection des espaces naturels.

La séparation entre les hommes et la Nature a continué à se creuser au fur et à mesure qu’une vision du monde centrée sur l’homme (anthropocentrique) prenait place. Toujours aujourd’hui, l’Homme étudie, comprend et protège la nature comme un « être » différent de l’homme. Cette vision du monde naturaliste s’est peu à peu imposée dans la pensée politique et scientifique et dans la façon de gouverner la nature. Néanmoins, de nouveaux travaux questionnent aujourd’hui cette dimension hiérarchique et naturaliste. A travers le monde, de nombreux modes de vies nous apprennent que cette pensée naturaliste est loin d’être partagée par toutes les sociétés humaines.

 

  • A la rencontre de la diversité des représentations du monde

En rapportant leurs découvertes, les aventurier.ère.s et chercheur.euse.s qui ont parcouru le monde nous invitent à questionner notre mode de vie. Ainsi, comprendre la façon dont des peuples s’inscrivent dans le monde, en acquièrent une représentation et créent des liens avec le vivant dans son ensemble, permet de redéfinir la vision occidentale des liens entre les hommes et la Nature. 

 

Crédit photo : Damien Deville

L’auteur Philippe Descola a mis en avant dans ses écrits la diversité des modes de représentation qu’il existe dans le monde. Dans certaines sociétés, l’homme est considéré comme un maillon d’un tout, appartenant à un système complexe au même titre que d’autres organismes vivants. Dans le Grand Nord, comme en Amérique du Sud, la nature ne s’oppose pas à la culture mais elle la prolonge et l’enrichit. Les animaux et les plantes sont, au même titre que les humains, caractérisés comme des « personnes » à part entière. Là où les sociétés occidentales voient une séparation et une hiérarchie entre l’homme et la nature, d’autres voient certaines formes de continuité et de sociabilité entre l’ensemble des organismes vivants.

Par ailleurs, les animaux et autres êtres vivants ont une place centrale dans la vie de ces sociétés. Parfois, les personnalités humaines sont associées à des personnalités non humaines : le jeune arbre au coin du village devient la réincarnation d’un ancêtre récemment décédé, les jeunes adultes se voient associer à un animal, comme voie spirituelle d’un chemin à suivre tout au long de leur vie. Dans ces sociétés, l’Homme n’habite pas la nature, il est habité par elle. La domestication n’est pas pratiquée dans ces cultures, où du moins elle est exercée de manière complètement différente. Non pas parce que les espèces sont rares et ne peuvent être domestiquées, mais parce que les processus de domestication que nous connaissons en Occident renvoient à des constructions sociales et à des perceptions vis-à-vis des animaux, qui restent impensables pour certains peuples.

 

  • Positionner ces différentes questions au cœur des débats permet de repenser les liens entre les hommes et la Nature.

En France, comme ailleurs, cela demande de s’intéresser à ce qui fait la richesse d’un territoire. Edgar Morin, philosophe français, a beaucoup insisté dans ses écrits sur la nécessité de considérer la diversité comme indicateur de développement en tant que tel. Les indicateurs de développement (notamment le PIB) sont de plus en plus remis en cause. Certains nouveaux indicateurs font leur apparition : la diversité culturelle, l’ancrage des traditions, la qualité de l’éducation, la protection de l’environnement ou, pourquoi pas, certaines formes de bien-être social.

Et si les liens entre les hommes et la Nature s’y retrouvaient aussi ?

 

Découvrez quelques initiatives pour aller plus loin sur le sujet :

  • le site de l’association Humanité et Biodiversité, partenaire ami du REFEDD
  • notre guide La biodiversité sur mon campus avec des fiches pratiques et des retours d’expériences d’associations étudiantes ayant réalisé des projets en lien avec le respect de la biodiversité sur leur campus.
  • le site d’Inventaire Fac, un projet qui sensibilise les étudiant.e.s au respect de la biodiversité en organisant des séances d’observations de la faune et de la flore de leur campus.

 

 

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