Agir sur les campus pour transformer la société : l’ESS par et pour les étudiant·e·s

6 novembre 2016 par Michel Briand Témoignages 91 visites

Une tribune de Sébastien Chaillou, Président de la coopérative Solidarité Étudiante.

Dans un contexte ou la précarité accompagne les jeunes durant leurs études et souvent même au delà, l’ESS est un outil dont une génération d’étudiant∙e∙s doit pouvoir s’emparer.

Un article repris du site "le Labo de l’ESS", un site sous licence Creative Commons

La mise en commun de ressources, même faibles, dans un cadre d’auto-organisation permet aux étudiant∙e∙s de répondre à leurs besoins. C’est sur cette base, par exemple, que Solidarité Etudiante a été créée en 2013. Nous n’acceptions pas que nos besoins vitaux, comme le logement ou la restauration, soient soumis au marché. A partir du moment où le service public ne pouvait pas combler tous ces besoins, et que la concurrence existait, il nous fallait inventer une réponse solidaire.

Nous avons choisi la forme coopérative d’intérêt collectif (SCIC) car nous ne voulions pas voir dans les étudiant∙e∙s de simples consommateurs. Chez nous, l’étudiant·e est acteur·rice des projets de la coopérative et en assure à la fois la direction et l’animation militante. Pour autant, tous les projets sont co-construits avec les différentes parties prenantes que sont les salarié·e·s, les partenaires, et les soutiens, rassemblé·e·s autour de l’objet social de « vie étudiante ». Tout·e étudiant·e engagé·e à Solidarité étudiante doit donc apprendre à travailler avec toutes ces parties prenantes, ainsi qu’accepter de laisser la main quand il ou elle n’est plus étudiant·e. Transmission et apprentissage sont nos enjeux quotidien.

Au delà de l’expérience récente qu’est SE, il ne faut pas sous estimer la capacité d’action que l’ESS donne déjà aux étudiant·e·s. Par exemple, il est trop peu connu qu’ils et elles gèrent une Mutuelle. C’est à dire qu’un conseil d’étudiant·e·s a la capacité de déterminer la prestation la plus adaptée à leur santé, ce n’est pas rien !

L’ESS est aussi pour les étudiant·e·s un cadre d’engagement concret et quotidien pour promouvoir et faire vivre leurs valeurs et choix de société. On le voit avec l’explosion des AMAP, bourses aux livres et des associations solidaires d’entraide sur les campus. Ces associations et initiatives sont des écoles informelles d’une citoyenneté plus active et qui doivent nous redonner confiance en l’avenir.

Il est nécessaire que les établissements d’enseignement supérieur reconnaissent cette plus-value et nous fassent confiance. Le Plan National de Vie Etudiante de 2015 va dans le bon sens et la création du statut d’Etudiant·e·s Entrepreneur·se·s peut-être un outil. Pourtant, il nous faut encore nous mobiliser largement pour décloisonner recherche, vie étudiante et études lorsqu’il s’agit d’ESS. En terme d’enseignement, il faut sortir l’ESS des diplômes de niches – formations techniques ultra-spécialisées – ou de riches – master d’entrepreneuriat social hors de prix dans des grandes écoles. Le modèle ESS doit se diffuser de façon transversale dans tous les niveaux d’études et les savoirs informels acquis par l’engagement et la gestion étudiante doivent être mieux reconnus et valorisés, par exemple via des VAE.

Par la diversité de ses formes et de ses objets, en permettant engagement, apprentissage et “encapacitation“, l’ESS est centrale dans la vie étudiante et sur les campus. Ce qui s’y déroule est crucial car il n’y pas de changement de société possible sans une bataille culturelle qui se mène dans les lieux d’étude. Il nous faut fédérer les initiatives étudiantes, leur donner plus de visibilité par des événements comme la semaine étudiante du mois de l’ESS que nous co-animons et partir de ces initiatives, pour faire mouvement et de là, faire société.

Sébastien Chaillou,
Président de Solidarité Etudiante (SE).

Voir en ligne : http://www.innovation-pedagogique.f...

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