La chasse aux « fake news », c’est aussi bon pour le climat

14 mai 2018 par The Conversation France Débats 142 visites

Internet a démocratisé la création et la diffusion de l’information, mais a aussi profondément changé la perception de sa crédibilité. Alors que les médias traditionnels étaient un gage de qualité et de sérieux, les lecteurs ont largement perdu la confiance qu’ils leur accordaient au profit d’« influenceurs ».

File 20180424 57584 koaqma.jpg?ixlib=rb 1.1
L’ours polaire pas impacté par le climat ? FloridaStock/Shutterstock

Emmanuel M. Vincent, University of California, Merced

Un nombre toujours croissant de nos concitoyens s’informent grâce aux réseaux sociaux. Mais une étude récente montre aussi que les informations fausses se propagent plus vite et plus loin sur Twitter. Et elle révèle que Facebook met en avant les informations provoquant des réactions émotives, au détriment d’articles faisant appel à la réflexion.

L’accès à une information fiable est un prérequis fondamental au bon fonctionnement de nos sociétés démocratiques.

Mais le partage d’information en ligne favorise les positions les plus extrêmes au sein de la société et nourrit la confusion. Aux États-Unis, par exemple, la moitié de la population ignore ainsi que le changement climatique en cours est d’origine humaine.

Un regard expert et critique

C’est dans ce contexte que des scientifiques ont créé l’initiative Climate Feedback : un réseau international de scientifiques évaluant la crédibilité d’informations influentes dans le domaine du changement climatique.

Le principe est le suivant : les articles les plus influents sont identifiés chaque semaine en fonction de l’audience de leur site de publication et de leur viralité sur les réseaux sociaux (cette viralité étant surveillée en temps réel via le site Buzzsumo).

Ces articles sont revus par un groupe de scientifiques experts du domaine, qui les commentent pour corriger d’éventuelles erreurs ou ajouter du contexte. Ils donnent aussi une note globale de la « crédibilité scientifique » de l’article.

Ces évaluations sont ensuite publiées sur le site de Climate Feedback et partagées avec l’éditeur du journal où l’article a été publié. Une centaine de revues ont été réalisées à ce jour.

Résultat : les éditeurs peuvent améliorer la qualité de leurs publications, notamment en sélectionnant des contributeurs plus crédibles ; une demi-douzaine de journaux ont publié des corrections. Les revues critiques de Climate Feedback sont également mises en avant dans les résultats de recherche sur Google, aidant les lecteurs qui le souhaitent à vérifier une information et à trouver un avis d’expert.

Le site Climate Feedback expliqué en vidéo. (Climate Feedback/YouTube, 2016).

Des vérificateurs connectés

Alors que la vérification de faits (fact-checking) a toujours été la pratique de journalistes, Climate Feedback explore une approche nouvelle en permettant à une communauté de scientifiques de s’exprimer directement et collectivement. La qualité des revues ainsi produites est avérée et Climate Feedback est un signataire reconnu du réseau international de vérificateurs (International Fact-Checking Network, IFCN).

Facebook examine de son côté la possibilité de proposer par défaut les articles des membres de l’IFCN en accompagnement des articles qu’ils commentent (dans la rubrique « articles liés »). Cette fonctionnalité augmenterait sans aucun doute la probabilité que les lecteurs soient mis en garde avant de lire une information trompeuse.

En analysant les 25 articles anglophones sur le changement climatique les plus partagés de l’année 2017, Climate Feedback a ainsi démontré que seule la moitié des articles étaient scientifiquement justes, alors même que les articles trompeurs ou faux étaient nettement plus partagés.

Emmanuel Vincent, CC BY

Les 25 articles sur le climat les plus partagés sur Internet en 2017 évalués par des scientifiques pour leur crédibilité : en rouge les articles de faible crédibilité, en jaune les articles contenant des informations au moins partiellement trompeuses et en vert/bleu les articles ne contenant pas d’erreurs significatives.

Avoir un œil averti

Une caractéristique récurrente des articles à faible crédibilité concerne le recours à de soi-disant experts, non reconnus par leurs pairs. Un article canadien récent prétendait ainsi que les ours polaires n’avaient rien à craindre du changement climatique, alors que les scientifiques travaillant dans ce domaine concluent le contraire. Si l’auteure de cet article aura pu paraître comme experte, l’internaute averti aura noté que son profil sur la plateforme Research Gate ne liste aucun article scientifique publié dans une revue à comité de lecture au sujet de l’influence du climat sur les ours polaires !

Avec l’augmentation du nombre de revues prétendument scientifiques et de journaux dits « prédateurs » (où il suffit de payer pour être publié sans que l’article soit revu pour sa qualité scientifique), il convient aussi de surveiller la validité scientifique des revues.

Le site Scimago Journal & Country Rank est à ce titre un outil précieux : il permet notamment d’observer que la revue International Journal of Sustainable Development and Planning, se situe dans le quartile inférieur en terme de citations par des scientifiques. La revue Environmental Science & Technology est elle dans le quartile supérieur, traduisant sa plus grande réputation auprès des scientifiques… alors même que les noms de ces publications peuvent apparaître aussi crédibles l’une que l’autre.

Comme toujours en science, il faut intégrer plusieurs observations, mais celle relative au sérieux des revues permet déjà de se forger un avis plus éclairé.

The ConversationLa communauté scientifique a un rôle à jouer pour mieux informer ses concitoyens ainsi que pour aider les plateformes Internet à trouver des solutions face à la montée en puissance des campagnes organisées de désinformation. Climate Feedback propose un modèle qui pourrait être adapté à d’autres domaines touchés par ce phénomène, comme l’énergie ou la santé.

Emmanuel M. Vincent, Research scientist, University of California, Merced

La version originale de cet article a été publiée sur The Conversation.

Licence : CC by-sa

Contacter l’auteur

Répondre à cet article

Qui êtes-vous ?
Ajoutez votre commentaire ici

Ce champ accepte les raccourcis SPIP {{gras}} {italique} -*liste [texte->url] <quote> <code> et le code HTML <q> <del> <ins>. Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.

Suivre les commentaires : RSS 2.0 | Atom

Une initiative de l’association CIRSES avec un résau de partenaires