Smartphone, recyclage et environnement : un triangle amoureux compliqué

31 janvier 2018 par REFEDD Témoignages 40 visites

Tu reviens du ski et tu as trouvé plein de portables tombés dans la neige ? Tu as déjà 4 téléphones à traîner chez toi ? Ou tu cherches tout simplement un moyen pour recycler ton vieux smartphone ? De la fabrication de ton téléphone à son recyclage, on t’explique tout sur l’impact environnemental de ton compagnon électronique.

Toutes les données chiffrées de cet article sont issues des rapports « L’empreinte cachée des smartphones »  et « L’impact du smartphone », réalisés en collaboration par France Nature Environnement et l’ADEME, ainsi que de l’infographie de l’ADEME « Smartphones, une relation compliquée ».

Ils sont partout. Condensé en 200 grammes de centaines de fonctionnalités plus ou moins utiles, ils restent entre nos mains 20 mois en moyenne (10 mois chez les jeunes) selon l’Agence de l’Environnement et de la Maitrise de l’Energie (ADEME). Pourtant, il faudrait compter 5 ans d’utilisation d’un téléphone pour rentabiliser son coût écologique de fabrication ! Et oui, parce que le gros point noir dans tout ça, c’est bien la fabrication : car plus on change de téléphone souvent, plus la production de téléphone augmente pour suivre la demande (vous l’avez ?). En plus, seulement 15% des smartphones en fin d’usage sont recyclés en France : plus de 30 millions de combinés dorment dans nos tiroirs ! Mais alors que peut-on y faire ? Pour l’instant, pas de remède miracle, mais plutôt des débuts de solutions qui tiennent en un mot : recyclage.

La fabrication d’un téléphone, pourquoi est-ce nocif ?

Un téléphone classique est composé de 50% de métaux, 40% de plastiques et matières synthétiques et 10% de verre et de céramique. Dans le détail, ça veut dire quoi ? Les métaux, ce sont par exemple des métaux précieux, comme l’or et l’argent ; mais aussi des métaux rares comme le nickel, le tantale… Ces métaux sont extraits dans des mines africaines, asiatiques ou sud-américaines. L’extraction est très nocive pour l’environnement, puisqu’elle pollue les sols et l’eau. Concernant le plastique et les matières synthétiques, on parle de composants au noms obscurs comme le trioxyde d’antimoine, des retardateurs de flamme divers mais aussi le bisphénol A (tiens tiens, celui-là même qui est considéré comme perturbateur endocrinien et interdit en France dans les boîtes et bouteilles alimentaires depuis 2015…enfin, pas vraiment il semblerait). Le verre et la céramique, c’est principalement pour l’écran. Et là aussi le bât blesse, puisque 80% des réparations effectuées sur les portables concernent les écrans, qui sont changés à tour de bras !

Analyse du cycle de vie d’un téléphone portable – ADEME© 

 

Des conséquences sociales désastreuses 

Les minerais présents dans nos téléphones sont dévastateurs au niveau social de par leur extraction. Tout d’abord parce que celle-ci se fait dans des conditions très controversées. On parlait plus haut de son impact environnemental avec la pollution des eaux et des sols, mais il faut savoir que l’extraction se fait en plus souvent dans des conditions troubles. En République Démocratique du Congo par exemple, plus de 40 000 enfants travailleraient dans les mines de cobalt et de coltan. Et ces mines sont situées en général dans des zones de conflit, où les trafics sont nombreux et les groupes armés très présents. En Amérique du sud, la production de lithium pour les batteries nécessite beaucoup d’eau ce qui entraine des conflits avec les populations locales. En Chine, où la moitié de nos téléphones sont produits, des vagues de suicide sont observées dans plusieurs usines comme chez Foxconn. La réponse de l’entreprise ? Installer des filets pour empêcher les gens de sauter… Encore un autre exemple : l’Indonésie. Le réseau Les Amis de la Terre révelait en 2012 que l’exploitation de l’étain sur l’île de Bangka avait provoqué le déplacement des populations locales en masse, en plus de toucher les forêts et les récifs coraliens.

Carte de la production des « terres rares », les métaux précieux utilisés dans la fabrication des smartphones – Mémo de la Commission Européenne©  du 26/05/2016

 

Le recyclage : une solution encore trop peu développée

Halte aux téléphones jetés dans les poubelles ! Les portables jetés ou perdus ne se dégradent pas, polluent l’eau, l’air et le sol, tout en gaspillant des ressources rares puisque les métaux précieux ne sont pas récupérés. Certains d’entre eux comme le plomb, le mercure ou l’arsenic ont des effets dévastateurs sur la nature. Des marques comme Apple propose un service de recyclage gratuit, et pourtant sur les 47 millions d’iPhone vendus en 2010, seuls 10% ont été recyclés.

La marque à la pomme a également mis au point un robot, Liam, qui lui permet de recycler à 85% les iPhone et de récupérer presque tous les matériaux précieux. Pour 10 000 téléphones recyclés, environ 80 kg de cuivre, 130 grammes d’or et 700 grammes d’argent entre autres peuvent être récupérés et réutilisés. Mais comment se passe concrètement le recyclage ? Il faut savoir que 2 techniques de valorisation sont disponibles. D’abord la valorisation matière, qui permet le reconditionnement ou la remise en état, par la réutilisation partielle ou totale des constituants de l’appareil et la réparation du reste. L’autre technique est le démantèlement, ou l’on retire les composants contenant des substances dangereuses pour valoriser les pièces qui peuvent l’être. On enlève donc les polluants type piles, batterie, processeur… Le reste est broyé.

Liam, le robot recycleur super puissant d’Apple – Apple ©

Concrètement, où recycler son smartphone ?

Maintenant que vous mourrez d’envie de recycler votre téléphone, sachez qu’il existe plusieurs filières de re valorisation. Tout d’abord chez vos opérateurs ou constructeurs, puisque Bouygues et Orange, par exemple, reprennent vos portables ; tout comme Apple. En fait, depuis le décret du 22 juillet 2005, la France a réglementé le traitement des déchets électroniques en fin de vie, ce qui permet de trouver des chaines de recyclage fiables. 2 solutions s’offrent à vous :

  • soit vous souhaitez récupérer des sous sur votre vieux téléphone,
  • soit vous souhaitez juste le recycler.

Dans le cadre de la première option, vous pouvez vous tourner vers des sites comme Love2recycle. Un autre, comme MonExTel génère une somme d’argent en échange de votre téléphone que vous reversez à l’association de votre choix. L’autre solution, c’est de passer par les réseaux Envie, Emmaüs et les Ateliers du Bocage. Les points de collectes sont disséminés un peu partout sur le territoire. Les téléphones sont ensuite récoltés, triés, réparés ou re valorisés. Les données sont également effacées, ce qui permet à environ 15% des appareils d’être revendu. Pour les autres, les métaux précieux sont récupérés (or, argent, palladium…).

Des téléphones triés en attente de réparation – Ateliers du bocage ©

 

Des alternatives durables pour vos téléphones

Face à l’absence d’un engouement massif pour la filière recyclage, des initiatives se développent pour proposer des alternatives efficaces. Des scientifiques, d’une part, comme Rachid Yazami, qui avait participé à la création des batteries lithium-ion il y a 30 ans et qui travaille aujourd’hui sur la remise en état des batteries hors d’usage grâce à l’ajout d’un 3ème électron pour réduire l’extraction du lithium. Des entreprises également, comme Power Up qui travaille sur un algorithme de charge permettant aux batteries de se charger au maximum pour une certaine heure, définie par l’utilisateur (puisque c’est la charge qui endommage la batterie). Enfin, une autre entreprise travaille quant à elle sur un smartphone durable : c’est Fairphone, une idée portée par une coopérative néerlandaise, celle d’un téléphone à réparer soi-même. Ainsi l’entreprise fournit les composants en pièces détachées mais également des tutos pour réparer son téléphone tout.e seul.e. Le Fairphone reste pour l’instant moins performant qu’un smartphone classique, mais relève le défi écologique et social !

Extrait d’une vidéo de réparation du Fairphone – Le Monde©

Et vous, quelles sont vos alternatives pour garder vos téléphones le plus longtemps possible ? 

 

Article rédigé par Caroline Gaboriau.

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