L’"Internationale" de l’Economie et de la Finance Sociales et Solidaires : le chaînon manquant ?

6 novembre 2017 par LelaboESS Témoignages 9 visites

Une tribune de Carlos de Freitas, co-directeur / directeur des programmes, FMDV- Fonds Mondial pour le Développement des Villes.
Pour la première fois, depuis les premières expériences organisées d’économie et de finance sociales et solidaires (EFSS), la reconnaissance institutionnelle de ces deux champs majeurs de notre « Agenda transformatif du Développement Durable » a atteint en 2016 un point culminant. Un texte officiel onusien, adopté par plus de 170 Etats, , intègre la formule « économie sociale et solidaire » - une intégration historique. De quoi cela est-il le signe ?

L’Economie et la Finance Sociales et Solidaires à l’international : pourquoi s’en préoccuper ?
Au niveau européen, passe encore : les directives de la Commission ont des impacts directs, à défaut d’immédiats, sur nos politiques et souverainetés nationales.
Mais l’EFSS n’est-elle pas « juste » locale ? S’inspirant parfois d’expériences innovantes déployées ailleurs dans le monde, et ayant démontré un certain impact, si jamais un impact certain ? Echanger, s’inspirer, adapter, recréer : « le modèle, la copie, l’invention », et voilà, contrat rempli, moi, je rentre à la maison !

Est-ce tout ce que nous avons à y gagner ?
Pourquoi aller regarder hors de nos frontières, nous mêler de grands débats stratosphériques, dans des salles de négociations éclairées au néon des années 70, et qui ont trait à l’avenir d’une humanité que l’on regarde de si loin, qu’on n’est jamais tout à fait sûr ni de ce qui nous distingue, ni de ce qui nous rassemble ? Sans parler du "comment faire pour se comprendre et agir ensemble".

Pourtant, lors du 4ème Forum Mondial du Développement Economique Local, organisé à Praia, Cabo Verde, du 17 au 20 octobre derniers, une large part des grands réseaux internationaux de l’EFSS a choisi de s’accorder sur un deuxième texte d’engagement collectif : le Manifeste de Praia [1].
Le premier était une lettre co-signée et adressée aux présidents du processus de négociation mis en place pour Habitat III, la Conférence des Nations Unies sur le Logement et le Développement urbain durable (Quito, Octobre 2016).
Il s’agissait alors d’expliciter aux diplomates, aux fonctionnaires onusiens, aux banques bi- et multilatérales de développement, aux gouvernements locaux et régionaux, aux grandes entreprises, etc. en quoi les principes, stratégies, institutions et pratiques de l’EFSS constituent un socle de référence à même d’appliquer un projet de développement humain, tout à la fois intégré, durable, résilient, bas-carbone, et inclusif. Un projet, somme toute, propre à rendre nos territoires plus solidaires, et mieux armés face aux violences systémiques de toute nature qui nous attendent.

Il s’agissait également de construire un message positif, en mesure de démontrer, à 13 ans (2030, pour les Objectifs du Développement Durable) et 32 ans (2050, pour l’Accord de Paris sur le Climat), que l’horizon des agendas, adoptés par les Etats, reste désirable, atteignable, et appropriable par l’ensemble des parties prenantes, et dans l’ensemble de nos pays respectifs : au Nord comme au Sud, en ville comme dans les campagnes, et quel que soit notre niveau de revenu, mais via une « macro Economie et Finance Sociales et Solidaires ».

Ces efforts de coordination, loin d’être anodins, constituent une victoire sans précédent sur le fonctionnement en silo de ces organisations, qui avait déjà été revu dans une certaine mesure avec la création du Groupe de Travail interagences des Nations Unies, en 2013, et du Groupe Pilote international de l’ESS, en 2014.

Ces espaces institutionnels et ces reconnaissances de « haut niveau », et tant d’autres, cités dans le Manifeste de Praia, invitent à la concertation et à l’action conjointe à toutes les échelles de territoire : locale, nationale, régionale, et internationale. Ils constituent des ouvertures à l’appropriation de l’EFSS par d’autres acteurs, que ceux directement au fait de ces « nouvelles » économie et finance.
Ces espaces sont aujourd’hui devenu le meilleur exemple d’une opportunité historique de réaliser, via l’EFSS, un « saut de paradigme » des orientations et manières de mettre en œuvre un développement durable, partout dans le monde, avec un potentiel d’innovation dont il nous reste encore à découvrir les limites.

Alors, pourquoi tenter de constituer ce lien encore une fois entre le local et le mondial, pourquoi revenir, avec ce Focus du Labo, sur des exemples développés ailleurs, dans des contextes spécifiques, pour et par des populations particulières ?

Peut-être parce qu’une métamorphose du plaidoyer de l’EFSS est en marche, que ces réseaux historiques aujourd’hui s’équipent pour mieux converger, et faire émerger « par le haut » un changement, une transformation de nos systèmes de pensée et d’organisation politique, économique, financière, sociale, culturelle. Avec dans le viseur le phénomène le plus disruptif jamais enregistré à hauteur d’humanité : les changements climatiques et le scénario à +3°-minimum-, en l’état des actions engagées par nos Gouvernements nationaux.

Sortir du bois, asseoir la place véritable de l’EFSS, démontrer, aujourd’hui, plus que jamais, que l’ensemble des textes internationaux adoptés au cours du cycle de négociation 2015-2016 font sens. Si l’on sait saisir la fenêtre d’opportunité qu’une macro-EFSS permettra peut-être de maintenir ouverte aux vents de la métamorphose chère à Edgar Morin : par la systématisation vigilante des dispositifs et logiques de l’EFSS, leur intégration négociée aux politiques des institutions publiques mondiales, à partir des illustrations disruptives que ces « épiphénomènes » de l’économie et de la finance « du pauvre » nous offrent si souvent de manière spectaculaire.


[1] Le Manifeste de Praia est porté par : l’ESS Forum International, le FMDV, le GSEF, l’INAISE

Voir en ligne : http://www.lelabo-ess.org/l-interna...

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