Banco Palmas, banque communautaire brésilienne pour l’inclusion financière et le développement durable des communautés

8 novembre 2017 par LelaboESS Témoignages 24 visites

La banque communautaire Banco Palmas a été créée en 1998 par les habitants d’une favela au nord-est brésilien. De quoi s’agit-il ? Les banques communautaires permettent aux populations marginalisées d’accéder à des services bancaires, comme le microcrédit à la production ou à la consommation. Ainsi les projets de personnes exclues des circuits bancaires classiques peuvent être soutenus financièrement, et les initiatives qui répondent à un besoin identifié dans le quartier peuvent se développer. Ces banques ont la particularité d’être gérées de façon « communautaire », c’est-à-dire directement par les personnes concernées. Elles mettent également en place des monnaies sociales, qui permettent de développer l’économie locale en maintenant la richesse créée là où elle a été produite. Plus qu’une institution bancaire, la banque communautaire est avant tout un espace d’opportunité, un instrument malléable suivant les besoins et priorités de celles et ceux qui sont très souvent oubliés par les acteurs publics et privés du pays.
Aujourd’hui le réseau national de banques communautaires regroupe 118 banques dans 20 régions du Brésil.


Développement local et relations de proximité

« La banque communautaire », explique le fondateur de Banco Palmas, Joaquim Melo, « n’est pas une fin, c’est un moyen. » Elle n’est pas là pour enrichir ses utilisateurs, mais pour créer entre eux une relation de proximité qui puisse soutenir le développement économique de leur territoire. Ainsi, des « projets complémentaires » voient le jour : ils sont portés par des citoyens eux-mêmes, dans des domaines très divers comme l’alimentation, le recyclage, la culture, la technologie, l’artisanat ou l’éducation. Ces projets, tout en étant indépendants financièrement et juridiquement, ont en commun la marque « Palmas » : par exemple, Palma Limpe, spécialisée dans les produits de nettoyages, ou PalmaNatus, qui produit des savons naturels. L’enjeu de la banque coopérative Coopérative Une coopérative est un groupement d’individus (commerçants, consommateurs, producteurs…) choisissant de mettre leurs moyens en commun afin de satisfaire leurs besoins. communautaire est de « créer des groupes de citoyens qui puissent développer ensemble des projets et avoir un pouvoir économique, en sortant de la précarité », précise Joaquim Melo.
Les banques communautaires fonctionnent grâce à des relations de confiance, basées sur l’expérience et les liens sociaux que chaque personne entretient avec son entourage communautaire. Comme la plupart des habitants faisant appel à ces banques n’a pas la possibilité de prouver concrètement sa solvabilité, c’est sur la base de la réputation de l’individu parmi son voisinage que sera conditionnée l’approbation du prêt par la banque communautaire. La gouvernance Gouvernance Définition des antennes est assurée par des groupes de citoyens représentatifs de la communauté : ce sont aux comités locaux responsables de gérer les transactions, comptes et clients. Ces comités se réunissent plusieurs fois par an pour présenter les dossiers et discuter des enjeux et orientations de leur banque.


Long chemin vers la reconnaissance des banques locales

Joaquim Melo présente l’histoire de Banco Palmas en trois phases. Pendant la première période (1998-2004), la banque communautaire n’avait pas la reconnaissance du gouvernement brésilien - qui était même opposé à son développement. La Banque Centrale ouvre plusieurs procès contre la banque communautaire, voyant la création de monnaies sociales comme illégale. Le projet se développe alors seul, puis avec un soutien international, mais sans aucune aide de l’Etat brésilien.
En 2005, la Banque Centrale reconnait la méthodologie du projet de Banco Palmas. Le gouvernement invite alors l’Institut Palmas, créé en 2007 par la communauté pour essaimer l’expérience de la Banque Palmas, à accompagner sa dissémination dans d’autres régions du pays, avec la « Secretaria Nacional de Economia Solidária – SENAES ». Cette deuxième phase dure jusqu’en 2013. L’Institut Palmas met en place plusieurs conventions avec SENAES pour l’essaimage de la méthode et la création du Réseau National de Banques Communautaires. Le soutien financier de l’Etat permet alors à l’initiative d’étendre son réseau, de structurer les banques, d’installer des équipements et de développer des formations. En parallèle, des contrats de « correspondants bancaires » permettent aux banques communautaires de sous-traiter la création de comptes courants et d’assurer des transactions de versement de pensions de retraite et de paiement de factures d’eau et d’électricité (qui au Brésil se fait au travers du réseau des banques commerciales ou publiques), opérations pour lesquelles elles sont rétribuées. Ces ressources s’additionnent à celles issues des intérêts pratiqués sur les opérations de microcrédit.
À partir de 2014, avec le changement de gouvernement et la crise politique qui s’instaure au Brésil, l’Institut Palmas entre dans une nouvelle phase, sans financement public. Cette troisième phase voit apparaitre le numérique dans le projet, avec l’application E-dinheiro qui permet d’utiliser une monnaie digitale. Grâce à cette plateforme, la Banque génère des fonds propres via une taxe appliquée sur chaque transaction réalisée en monnaie digitale. Cela permet aux banques locales d’atteindre une certaine indépendance financière, alternative à l’absence de financement et de soutien via les politiques publiques.


Créer une banque communautaire locale au Brésil

Il est possible de créer une banque communautaire locale de deux manières, selon Joaquim Melo. Il y a la manière classique, lorsqu’une association Association Définition locale montre son intérêt pour l’implantation d’une agence sur son territoire. A partir de ce contact, l’Institut Palmas assure la formation et l’installation de la banque communautaire locale, sur l’exemple de la Banque Palmas.
Plus récemment, un autre type de démarche se met en place. Dans des régions plus petites et moins favorisées, où les banques traditionnelles ne s’installent pas, la banque communautaire apparaît comme une solution alternative aux yeux des habitants, mais aussi des pouvoirs publics. Actuellement l’Institut est de plus en plus sollicitée par de petites municipalités pour combler le manque de services financiers aux populations locales, là où les banques privées et publiques ne voient pas l’intérêt de s’installer. Cette démarche s’appuie sur des décrets municipaux spécifiques qui assurent le soutien d’une mairie au développement de la banque locale et à l’utilisation de la banque communautaire pour toutes transactions entre les habitants et les commerçants, mais aussi entre la mairie et la population (versement d’aides sociales par exemple, réalisées notamment et pour partie en monnaie locale).

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Pour aller plus loin :
Viva Favela, Quand les Démunis Prennent leur Destin en Main, de Joaquim Melo, Elodie Bécu et Carlos de Freitas – Editions Michel Lafon, Octobre 2009

Photos via Flickr Creative Commons : Lumo Coletiva

Voir en ligne : http://www.lelabo-ess.org/banco-pal...

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