News&Land : un roadtrip en voiture électrique à l’autre bout du monde

23 octobre 2017 par REFEDD Témoignages 25 visites

Partez à la rencontre d’Héloïse et Solène, 2 étudiantes qui ont fait le pari fou de voyager à bord d’un véhicule électrique durant 7 mois… en Nouvelle-Zélande ! 

 

Bonjour Héloïse et Solène ! Qui êtes-vous ?

Solène est brune, discrète et passionnée d’audiovisuel. Héloïse est blonde, bruyante et s’endort devant les écrans. Mais lorsque Solène rencontre Héloïse en classe préparatoire, le duo prend forme au fils des heures passées côte à côte…

Kiwi et palmiers : pas de doutes, on est bien en NZ… ©News&Land

Héloïse  : Je suis arrivée en classe prépa à Nantes un peu par hasard, après un Bac S décroché à la volée grâce à ma note en philosophie, disons que je m’étais un peu plantée niveau orientation… Au départ j’ai intégré l’internat, puis Solène m’a recueillie chez elle au bout de quelques mois, sentant bien que je n’étais pas faite pour être enfermée (qui l’est ?!).

A 18 ans nous nous sommes donc retrouvées à vivre ensemble, avec un rythme de vie différent des jeunes de notre âge : à cette époque, se lever à 9h c’était faire la grasse matinée ! Cette période avec Solène m’a donnée le goût du travail et de l’effort, j’ai même décroché ma place en seconde année de prépa mais j’ai préféré rejoindre le double cursus Droit & Philosophie de la Sorbonne, puis le M1 de Droit de l’Environnement. Bien sûr on a continué à se voir, notamment tous les Samedis en donnant des cours à des personnes réfugiées.

Solène  : J’ai toujours été une bosseuse acharnée. Une « machine » comme on m’appelait souvent. Héloïse n’était pas tout à fait sur la même longueur d’onde que moi on va dire… ! Mais elle s’en sortait très bien, parce qu’elle prenait le temps de comprendre les choses et de se les approprier. Elle m’a appris à prendre de la hauteur sur les choses et avoir un peu moins la tête dans le guidon.

Quand Héloïse a quitté la prépa à la fin de la première année, ça a été un coup dur pour moi. La prépa c’est un monde clos et fermé, dans lequel tu te recrées un monde. Quand ce petit monde bouge, tu perds tous tes repères. Mais elle est restée à mes côtés, pendant un an, à m’encourager à chaque coup de mou. Héloïse a une force de conviction incroyable, elle maitrise les mots et sait les utiliser à bon escient.

Suite à ces deux années intenses, j’ai eu besoin de me raccrocher à mes passions et prendre du temps pour moi. Je suis allée en licence de cinéma. J’ai découvert le monde merveilleux de la Sorbonne, des cours en amphi, des après-midi libres à aller flâner dans les musées et salles de cinéma vides. J’ai redonné de la place à la création et à la passion dans ma vie. Je me suis investie dans des projets associatifs de photo, tout en gardant en ligne de mire mon objectif : le CELSA. J’ai râté le concours en sortant de prépa, je l’ai eu en sortant de la Fac, parce qu’en prépa j’avais oublié un élément essentiel dans mes copies : parler de ce que l’on aime et non de ce qu’on nous a appris.

 

NEWS & LAND, qu’est-ce que c’est ? 

NEWS & LAND, c’est avant tout une démarche, qui consiste à voyager pendant 7 mois autour de la Nouvelle-Zélande en véhicule électrique, pour sortir des sentiers touristiques et repenser le voyage dans sa globalité.

Voyager en électrique va nous amener à prendre notre temps, et donc à s’arrêter dans tous les endroits, même les moins visités. Notre objectif est d’aller à la rencontre de toutes les personnes que nous pourrons croiser, et notamment celles engagées dans des projets ou des modes de vie respectueux de l’environnement. Nous partagerons ce périple via une web-série qui nous permettra de mettre en avant ces initiatives et de parler de notre expérience de road-trip électrique à l’autre bout du monde. Nous souhaitons également produire des vidéos à visée informative sur plusieurs sujets, dont les enjeux liés à la production et à la maitrise de l’énergie.

 

 

Qu’est-ce qui vous a motivées à vous lancer dans cette aventure ? 

H  : Au départ, je souhaitais simplement rendre accessible mes cours de droit de l’environnement au plus grand nombre, en créant de petites vidéos de sensibilisation avec les élèves de ma classe. Mais nous avions tous beaucoup de travail et donc peu de temps, ce qui fait que le projet n’a jamais vu le jour. Cependant l’idée ne m’a pas quittée, car je souhaitais vraiment pouvoir partager et expliquer les enjeux liés à la transition vers un autre mode de société et de consommation, et pourquoi il est important de prendre cette question réellement au sérieux. Selon moi ce n’est pas qu’une question de préservation de la planète, mais surtout une question de maintien de la paix. Pensons-y : si le prix de l’énergie augmente si fortement que le prix des produits importés augmentent et deviennent donc automatiquement moins accessibles pour les plus précaires, ainsi que toutes les technologies nouvelles très demandeuses en énergie, si les ressources en eau continuent à s’appauvrir en quantité et qualité, alors l’accès aux ressources sera de plus en plus un privilège que seuls les riches pourront s’offrir. Et à partir du moment où la majorité de la population n’aura plus accès à des ressources indispensables comme l’énergie et l’eau, je me demande ce qui pourrait se passer. A mon avis, rien ne pousse plus un peuple à la révolte qu’un ventre vide, la gorge sèche et l’impossibilité d’avoir accès aux technologies.

C’est pourquoi il me semble indispensable de parler de ces sujets aux jeunes dès maintenant, et surtout de faire sortir ce débat du cliché selon lequel c’est un débat de personnes aisées. Je ne suis pas d’accord, car les premiers touchés ce seront, comme d’habitude, les plus pauvres.

 : J’ai une passion pour la photographie, depuis de nombreuses années. Mon appareil, quand je suis en voyage, ne fait plus qu’un avec ma rétine. Je voulais, depuis des années, prendre cette année de césure et partir photographier le Monde, dans ses plus infimes détails et dans sa naturalité. Mais mes derniers voyages ont été un électrochoc pour moi. J’ai réalisé qu’il était primordial et urgent de repenser notre manière de voyager et notre manière d’approcher un pays qui nous est étranger. On ne peut plus continuer comme cela. Le tourisme DOIT évoluer, car il touche à tous les secteurs : transport, restauration, logement, culture… Je me suis donc dit qu’il fallait premièrement trouver un moyen de transport qui soit plus respectueux de l’environnement tout en nous permettant de nous déplacer sur de grandes distances (d’où la voiture électrique) mais qu’il fallait également repenser notre approche du territoire. Par cela j’entends le fait que je ne veux pas connaitre ce pays de l’extérieur, je veux apprendre à le connaitre de l’intérieur. Les reportages nous inciterons à nous immerger pleinement dans la culture et le fonctionnement de ce pays. Nous souhaitons également y travailler, afin de connaitre tous les aspects de la vie locale néo-zélandaise. Nous souhaitons loger en partie chez l’habitant, nous nourrir localement. On veut vraiment apprendre à comprendre ce pays et non pas seulement le visiter.

 

Vous parlez d’un voyage « non-polluant ». Or, vous serez amenées à prendre l’avion pour vous rendre en NZ, un moyen de transport au bilan carbone très élevé… Pourquoi ne pas rester en France ?

S/H : Il est important de bien avoir en tête que la voiture électrique n’est pas nécessairement une réponse adaptée à tous les territoires, et comme toutes les solutions dites « alternatives », il faut la réfléchir par rapport à un contexte en particulier. Etant donné que la France ne dispose pas, en dehors des centrales nucléaires, de grandes ressources énergétiques ; augmenter le nombre de voitures électriques sur le réseau reviendrait à augmenter la consommation d’énergie et donc à augmenter les importations, qui proviendront la plupart du temps de sources émettant des gaz à effet de serre. Indirectement, conduire un véhicule électrique en France reviendrait quand même à polluer. Ce qui nous a semblé extrêmement intéressant en Nouvelle-Zélande, c’est que plus de 80% du mix énergétique est issu de sources renouvelables qui sont implantées sur le territoire. Le rendement de la voiture électrique par rapport à la voiture thermique est donc évident en termes de pollution, même en prenant en compte l’impact environnemental de la production de la batterie électrique. De plus, nous avons eu accès à un rapport qui démontrait que les infrastructures de Nouvelle-Zélande étaient capables d’accueillir environ 3 millions de voitures électriques sur le réseau, sans que des travaux soient nécessaires. Dans ce pays de 4,5 millions d’habitants, il nous a semblé que la voiture électrique représentait donc une réelle solution d’avenir. Cette perspective est d’autant plus intéressante que la Nouvelle-Zélande est un pays prisé par les backpakers, pour ses paysages naturels et splendides. Or tout le monde voyage en diesel, ce qui est paradoxal lorsqu’on se déclare amoureux de la nature. Nous souhaiterions donc sensibiliser aussi les gens sur place, en leur montrant qu’une autre manière de voyager est possible.

Pour revenir à la question en ce qui concerne le bilan carbone de l’avion, il est clair que si nous avions eu au moins une année devant nous, nous aurions réfléchi à deux fois avant d’emprunter le chemin des airs, mais ce n’était pas possible. De plus, poser la question ainsi semble sous-entendre que dès que l’on s’engage dans une démarche plus écologique, il faut tout de suite ramener son bilan carbone à zéro. Or il nous semble que c’est une vision trop extrême : l’objectif, c’est déjà essayer de réduire son impact sur l’environnement dans ses actions, lorsque c’est possible (ce qui n’était pas le cas de l’avion pour nous). Ensuite, lorsque le prix des produits reflétera le prix de la pollution que leur production a engendré, il sera beaucoup plus simple pour tout le monde de diminuer son impact carbone, car les produits les moins polluants seront les moins chers.

Justement, en parlant de bilan carbone : est-il plus écologique de voyager en voiture électrique ou bien en transports en commun traditionnels (bus, train, covoiturage) ?

S/H : Ah ah c’est une bonne question… Là aussi, le premier critère à prendre en compte pour effectuer un bilan carbone est la provenance de l’énergie : rouler dans un train nourri à l’énergie renouvelable sera plus écologique que de conduire un véhicule électrique rechargée à l’énergie fossile. Au final nous pensons que le choix doit se faire en fonction du contexte : en Nouvelle-Zélande, si nous n’avions pas fait le choix de la voiture électrique, nous aurions dû emprunter des bus car les lignes de train sont peu développées donc notre voyage aurait eu un bilan carbone plus élevé.

En France, nous privilégions le train et le covoiturage pour les grandes distances, car il faut tout de même se rendre compte que voyager en électrique cela implique d’avoir du temps devant soi et d’être armée de patience, ce qui nous manque souvent dans notre quotidien !

 

On peut imaginer les magnifiques paysages naturels de la NZ… mais aussi vierges de toute présence humaine. Pensez-vous que votre véhicule électrique tiendra les kilomètres ? 

Une des premières choses que nous avons fait avant de réellement se lancer dans cette aventure a été de calculer les distances entre tous les points de charge répertoriés par ChargeNet.nz, un site créé par un citoyen néo-zélandais, Steve West, et qui délivre toutes les informations nécessaires sur le réseau des bornes électriques en Nouvelle-Zélande.

Nous avons calculé ces distances pour ne jamais dépasser les 100 kms de distance, afin de pouvoir avoir une marge de manœuvre face aux aléas (le van que nous souhaitons affiche 170 kms d’autonomie). Mis à part quelques endroits, le réseau « public » permet de faire le tour du pays. Mais notre objectif étant d’aller à la rencontre des citoyens, nous avons également pris contact avec la communauté « électrique » de Nouvelle-Zélande afin de pouvoir avoir accès aux bornes de recharge des particuliers. Ainsi, nous devrions y arriver, en sachant que si nous ne trouvons pas de borne adaptée, notre véhicule pourra se recharger en 12h sur une prise classique. Après, pour ne pas vous mentir, il est probable que nous vivions quelques galères mais elles feront parties entières de notre aventure !

 

 

Après ces 7 mois de voyage, comment imaginez-vous la suite de votre aventure ? Pensez-vous que des jeunes auront envie de suivre vos traces en optant pour « un road-trip électrique » ? 

H : A mon avis, il est illusoire de penser que les jeunes auront envie de voyager en électrique après avoir suivi notre aventure, car ce genre de déplacement demande une réelle logistique et beaucoup de temps en termes de préparation et de déroulé du voyage. A travers ce projet, nous souhaitons surtout sensibiliser les jeunes comme nous, car nous sommes le futur et lorsque l’on parle de protéger la planète « pour les générations futures », c’est de nous qu’il est déjà question. La transition ne se fera pas sans l’action de chacun d’entre nous, et aucun effort n’est inutile ou insignifiant. Alors certes nous allons prendre l’avion, car nous n’avons pas d’autres choix, mais nous avons décidé de limiter au maximum l’impact environnemental de notre voyage en faisant le choix de l’électrique et en adoptant des gestes quotidiens qui nous aideront à consommer moins. A notre retour, cette expérience prendra la forme d’un documentaire.

S : Le message que l’on aimerait faire passer, c’est qu’il y a deux manières d’appréhender un pays : par la Culture, au sens du passage obligé par tous les sites historiques inscrits au patrimoine historique national ; mais on peut également découvrir un pays par la culture que j’appellerai « infra-ordinaire », celle du quotidien, à savoir comment les gens vivent, que mangent-ils, où travaillent-ils. Cela implique de vivre chez l’habitant, travailler et ainsi partager leur quotidien. Or le tourisme de masse pour le moment est celui de la Culture Nationale. Selon moi, ce tourisme, poussé à outrance, n’est pas viable car il finira par détériorer puis à long terme détruire tous ces sites.

H : Dans le cadre de notre démarche, nous avons souhaité associer des classes de collèges, un partenariat est donc en train de se mettre en place entre une classe française et néo-zélandaise, afin d’engager des échanges et un projet commun autour des thèmes liés audéveloppement durable. Il nous parait primordial de sensibiliser dès le plus jeune âge, mais également de confronter les élèves à une culture qui leur est étrangère afin qu’ils appréhendent cet « autre » sous un autre regard : le contexte politique et social mondial actuel ne fait que renforcer notre certitude à cet égard.

 

Pour aller plus loin

  • Suivez les aventures d’Héloïse et Solène à bord de leur voiture électrique sur Facebook @News-and-Land
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