Des explorateurs de science à la rescousse de la planète

10 octobre 2017 par Armelle Carnet Lebeurrier Témoignages 36 visites

La science est une aventure et les explorateurs, ses hérauts. C’est le message du festival Lumexplore de la Ciotat qui vient d’inaugurer sa première édition. Ce Festival est né de la volonté de la Société des Explorateurs français, qui fête ses 80 ans et des passeurs de mémoire qui font vivre et animent le plus ancien cinéma du monde encore en activité, L’Eden.

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Nasa

Romain Garrouste, Muséum national d’histoire naturelle (MNHN) – Sorbonne Universités

Affiche du festival. Romain Garrouste, CC BY

Même si nous ne sommes plus aux temps héroïques du XIXe siècle, l’exploration scientifique et l’exploration au sens large du terme sont toujours vivantes aujourd’hui : elles revêtent de multiples aspects, que ce soit l’étude des confins de notre planète avec l’aventure spatiale, l’exploration profonde des océans, ou, plus globalement, l’exploration du vivant sous toutes ses formes, lors d’inventaires dans des régions isolées ou exemptes d’informations.

C’est peut-être dans l’exploration du vivant, c’est-à-dire celle de la biodiversité, que les attentes sont les plus prometteuses. Car, dans ce domaine, on est loin d’avoir fait le tour de la planète… Et même de notre propre corps, témoin les investigations autour de notre flore intestinale.

À travers diverses expositions, films, conférences et ouvrages proposés, le festival Lumexplore a pour objectif de brosser un portrait vivant des disciplines scientifiques et des acteurs passionnés que sont les explorateurs modernes. La société des explorateurs français, créée en 1937, rassemble ces passionnés de voyages utiles qui sont capables de faire partager leur passion et leurs découvertes, de manière intime à travers la littérature ou les essais, ou, plus concrètement, grâce aux applications techniques des avancées spatiales, en améliorant la connaissance de la biodiversité, des peuples de notre planète, en éclairant les origines de l’homme et des civilisations. Écrivains, journalistes, cinéastes, pilotes et navigateurs, scientifiques, photographes, quelquefois un peu tout ça à la fois, tous partagent ce goût de l’exploration, quelquefois extrême, et toujours celle des aventures hors du commun.

Un débat à Lumexplore avec l’écrivain et journaliste Olivier Weber. Romain Garrouste

L’exploration de la biodiversité avec, pour l’accompagner, la production de données scientifiques, de collections pour les Muséums d’Histoire naturelle (essentielles pour la science) est toujours utile car le grand inventaire du vivant n’est pas encore terminé. De nouveaux outils permettent des approches renouvelées, des nouveaux concepts des avancées prometteuses pour mieux comprendre notre planète et son fonctionnement. Et donc son avenir.

Parmi les expéditions et missions scientifiques présentées au festival, deux territoires exceptionnels méritent l’attention. le premier d’entre eux est la nouvelle Calédonie. Surnommé « le caillou » par ses habitants, ce territoire est un Pays d’outre-mer français au large de l’Australie dans le Pacifique Sud, dont elle s’est détachée il y plus de 80 millions d’années.

C’est l’un des hot spots possédant une diversité endémique la plus importante au monde : pas loin de 80 % des espèces animales et végétales en sont originaires. Paysages et végétation y sont uniques, surtout dans la partie sud. L’étude précise de cette diversité biologique, par exemple celles des insectes a permis de modifier l’image que nous en avions, en rajeunissant l’origine de cette biodiversité. La préservation de ce patrimoine est cependant compromise par l’intensification de l’activité minière. Les compromis sont possibles et doivent être trouvés.

On a aussi évoqué à Lumexplore un autre territoire qui ne cesse d’intriguer les spécialistes de la biodiversité : il s’agit de Madagascar, une véritable ile-continent au sud-est de l’Afrique à la diversité exceptionnelle et à l’endémisme très élevé. Comme pour la Nouvelle-Calédonie, c’est une partie d’un continent proche qui s’en est détachée, dans ce cas là, l’Afrique. L’organisation d’expéditions, par exemple dans les tsingys ces formations karstiques uniques de Madagascar, organisées par le Museum national d’histoire naturelle en 2012 et 2016 a été l’occasion de découvrir et d’observer de nouvelles espèces. De même que de conforter le dossier des aires protégées menacées par des projets de développement miniers et autres. Ici aussi, des compromis sont possibles mais difficiles.

The ConversationCar l’une des raisons de mieux connaître la biodiversité est bien de pouvoir augmenter nos connaissances afin de mieux gérer ces territoires, et de mieux insérer une activité humaine durable dans ces lieux où la nature règne. Peut-être préservera-t-on mieux la planète quand on la connaîtra encore plus. Alors… Ne nous arrêtons pas de l’explorer !

Romain Garrouste, Chercheur à l’Institut de Systématique, Évolution, Biodiversité UMR 7205 MNHN-CNRS-UPMC-EPHE, Muséum national d’histoire naturelle (MNHN) – Sorbonne Universités

La version originale de cet article a été publiée sur The Conversation.

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